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Le salariat ou la vente de son temps

Le salariat est-il honteux ?

Le salariat est LE modèle professionnel, celui dans lequel une immense majorité de travailleurs se retrouve, pourtant il n’y a pas si longtemps, il était considéré comme quelque chose d’indigne !

Le salariat ou la vente de son temps
Image de Nattanan Kanchanaprat chez Pixabay 

Aujourd’hui, l’immense majorité des personnes actives est salariée.
Et quand on parle d’immense majorité, on parle de 88,4% de la population active occupée en 2017 !

Donc, il est communément admis que le système salarial est LE modèle.

Pourtant ça n’a pas toujours été le cas : En effet avant le XIXe siècle, le salariat était très peu répandu, les gens vivaient généralement de la vente de leur production. Le monde du travail était dominé par l’artisanat.
Pourtant le salariat existait déjà sous des formes très variées : les domestiques, les ouvriers agricoles, les couturières, les blanchisseuses, les hommes de main ou les garçons de bureau par exemple.

Mais peu importe sa forme, le salariat était toujours considéré comme la situation la plus incertaine, la plus indigne et misérable qui soit.

C’est fou, non ? Le salariat aujourd’hui considéré comme la situation la plus stable était considérée comme dangereuse et même honteuse !

Puis les ouvriers agricoles ont commencé à quitter la vie rurale pour se diriger vers les villes.

Entre le XIXe et le XXe siècle, le nombre de salariés et passé de moins de la moitié de la population active à environ deux tiers de celle-ci !

Après la guerre

Après la seconde guerre mondiale, la paysannerie disparaît doucement, les indépendants aussi.
La classe ouvrière s’amenuise elle aussi et les catégories salariées non ouvrières explosent. Les employés, cadres et professions intermédiaires font augmenter le nombre de salariés.
Les femmes, cantonnées aux tâches domestiques jusqu’au début des années 60 commencent à participer à la vie professionnelle, faisant encore grossir les rangs des salariés.

À partir de là, les chiffres n’ont cessé d’augmenter en faveur du salariat.
Le salariat, avec ses garanties collectives et sa protection sociale, devient la norme.

Pendant les trente glorieuses, ce système a fonctionné à merveille.
Jusqu’au premier choc pétrolier de 1973.

À partir de là, on parle des trente piteuses. Chômage de masse, morosité croissante, délinquance, de nouvelles maladies professionnelles régulièrement… Bref. Le monde professionnel tel qu’on le connaît aujourd’hui et qui existe en réalité depuis bien plus longtemps que 30 ans.

Aujourd’hui

Alors, pourquoi ce petit historique du salariat ?
Pour vous dire que le monde était mieux avant ? Que c’était mieux quand tout le monde était indépendant et qu’on devrait donc tous le redevenir ? Non : le salariat, aujourd’hui, est un statut encore un peu protégé et il permet à beaucoup de vivre décemment, certains vivent même extrêmement bien ! La question est de savoir pour combien de temps encore ?

Je veux simplement vous rappeler que le monde change. Que ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera plus demain et qu’un système ne peut jamais rester le même très longtemps.

Le monde professionnel va évoluer. Il le doit. Le chômage est massif. Malgré ce que disent certains hommes politiques, il n’est pas facile de trouver du travail, pas en traversant la rue, en tout cas. Certaines personnes sont obligées de faire un métier bien en dessous de leurs compétences par manque de place dans les domaines auxquels elles se destinaient.

Des gens, pourtant salariés, vivent dans la précarité la plus totale. Le nombre de postes diminue de jour en jour dans énormément de domaines et de plus en plus d’emplois inutiles (appelés « bullshit jobs ») se créent pour « créer de l’emploi ». C’est le serpent qui se mord la queue.

Les salariés ne choisissent pas leur salaire et si on ne leur propose pas d’heures supplémentaires ou de primes, ils deviennent dépendants du bon vouloir de leur employeur.
Le coût de la vie ne cesse d’augmenter et les salaires ne suivent pas, ce qui rend les salariés de moins en moins à l’aise financièrement. Ce qui, doucement, donne une impression d’étouffement et d’enfermement progressif.

Rappelez-vous, en travaillant, vous vendez votre temps. Votre salaire, c’est le prix du temps passé au travail loin de vos proches et, si vous détestez votre job, à faire quelque chose que vous n’aimez pas.
Alors si vous faites les comptes, trouvez-vous que le prix de votre temps est suffisamment élevé ?

L’entrepreneuriat est le seul moyen d’avoir un minimum de contrôle et de décision sur la valeur financière de votre temps…

Dernier point, ce n’est pas une attaque contre les employeurs. Je respecte énormément certains employeurs qui font décemment vivre leurs employés. J’en ai moins pour ceux qui ont oublié que les employés font l’âme d’une entreprise. Et qu’une entreprise sans âme, c’est triste.

Demain

Bien sûr que non, le salariat n’est pas honteux comme il a pu l’être par le passé. Autres temps, autres mœurs.
Par contre, il évolue, rapidement. Et il devient de moins en moins protecteur.

Le salariat tel qu’on l’a connu il y a quelques années, tel qu’on le connait aujourd’hui, va disparaître. Ce système auquel l’école nous forme depuis des dizaines d’années s’écroule.

Vers quoi allons-nous ? Je n’en sais strictement rien ! Mais il me semblerait normal qu’on aille plutôt vers un système où on vendra ses services en tant qu’indépendant. Il sera plus intéressant pour les entreprises de payer un indépendant à la mission que de devoir payer un employé tous les mois, alors que les besoins peuvent baisser. Le salariat existera sans doute encore, bien sûr, mais il sera sans doute très différent de ce qu’on connaît aujourd’hui. Et il y a fort à parier qu’il sera beaucoup moins sécurisé et sécurisant qu’il ne l’est aujourd’hui.

Alors ne serait-il pas justement temps de se pencher sur la question et de tenter de tirer son épingle du jeu en étant un peu en avance ?

Bien sûr, cette analyse n’engage que moi, même si elle semble partagée par bien d’autres. Mais si elle vous semble pertinente, peut-être devriez-vous commencer à changer deux ou trois choses dans votre vie, non ?

Inspiration de cet article : https://www.persee.fr/doc/estat_0336-1454_1998_num_319_1_2666

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